"Il faut reboiser l'âme humaine"

Lettre ouverte de Julos Beaucarne, poète et chanteur wallon,

écrite la nuit qui suivit l'assassinat de sa femme, en 1975.

Certains quotidiens belges de l'époque acceptèrent de la publier.

Certains seulement, car cette déclaration d'amour inconditionnel à la Vie semblait folle ou incongrue pour d'autres.

Et pourtant...

... nous le savons, seul l'Amour tue la haine, et il le fait très bien!

La lettre est lue ici par Claude Nougaro.

Amis bien aimés,

Ma loulou est partie pour le pays de l'envers du décor. Un homme lui a donné neuf coups de poignards dans sa peau douce. C'est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre, par l'amour, et l'amitié, et la persuasion.

C'est l'histoire de mon petit amour à moi, arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage, ni vous ni moi, je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes 2 chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien-aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! Comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles.

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Julos - nuit du 2 au 3 février 1975 - Ecrit après l’assassinat de sa femme par leur jardinier. (Texte dit par Claude Nougaro dans son album "Femmes et famines")

 

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Taichi…
 

            … ça sonne comme le nom d’une fleur
                 ça résonne comme le nom d’une île lointaine.

Mais c’est ici, chez nous, entre nous.

Entre le poids du corps sur la Terre, et la légèreté du souffle en mouvement.

Voguant sur des flots paisibles, le Chi nous invite à une joyeuse rencontre, à un temps convivial ;

Celui de l’être-soi, tout en faisant battre le cœur de l’être-ensemble.

Chacun à sa place. Chacun à son rythme, à son envie, à son ressenti. Le pas est prêt, et ça n’est jamais fini. Ca frémit, ça « frichtille », ça s’écrit à l’infini.

C’est le voyage du Chi, celui qui, sans nom, fait le tour du monde tout en restant ici.

Alors à dos de Terre, par tous les Airs, le temps se suspend et se surprend…

Et tous, seuls, nous nous retrouvons très nombreux, à battre d’un seul cœur, celui de l’écoute et de l’attention à l’autre ;

cette écoute qui nous redonne nos sens.

De là surgit un cri silencieux, celui d’être pleinement vivant.

Un cri qui résonne bien plus fort que tous les bruits de notre monde en tumulte.

Le Chi navigue, et danse, au travers d’un chant qui nous accorde. En silence, mais à tue-tête.

Et là, au creux de soi, un combat doux et puissant s’anime.

Un combat baigné d’Océan pacifique.

Un combat mené depuis la Nuit des Temps, qui s’avère être une si belle rencontre, de cœur à cœur, de corps à corps.

Un combat pour l’être soi, tous ensemble.


Johanna GALLARD
   ( présidente de l’Association Art du Vivant)
Février 2019

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