Articles: Qi Gong, Taichi Chuan, Chi

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Les articles:

  • Yin Yang: processus indissociable, par Cyrille J.-D. JAVARY
  • Tai Chi... ça sonne comme le nom d'une fleur, par Johanna GALLARD
  • Dossier: "Le Tai Chi Chuan, un art martial ou une technique de santé?"? par M. LAM Hai
  • Une présentation du Taichi Chuan par Jean-Marc DUPUIS: bonne lecture!
  • Rélexions sur...   Le Chi et la Nature, par Anne CASSAR
  • Une présentation intéressante de notre pratique, par Nicole BERNARD, dans la revue Energies

Yin Yang: processus indissociable

Cyrille J.-D. Javary - Yin Yang, la voie de la souplesse


 

Cyrille J.-D. Javary est consultant et formateur en civilisation et culture chinoises, anciennes et modernes. Il explique comment Yin Yang nous permet de mettre fin aux hiérarchies entre hommes et femmes et rend à chaque individu sa liberté d’action. Car chacun est, en même temps et successivement, Yin et Yang.

Que signifient Yin et Yang ?

Yin Yang est un seul mot qui représente un système de pensée. Au cours du dernier millénaire av. J.-C., les Chinois réfléchirent au fonctionnement des choses, le Tao. Ils généralisèrent alors la « pensée par deux », c’est-à-dire l’idée que toute situation se divise toujours en deux. Un jour, par exemple, est toujours constitué d’une journée et d’une nuit. La journée est à la fois le passé et le futur de la nuit. Les Chinois décidèrent d’utiliser un couple de mots courants, Yin Yang, comme emblème de cette pensée par deux. Dans leur sens concret originel, Yin signifie « ubac », le versant d’une montagne exposé au nord, et Yang « adret », le versant exposé au sud. Comme les deux versants d’une même montagne, il ne peut pas y avoir l’un sans l’autre. Le système Yin Yang nous rappelle ainsi que toute situation a toujours deux aspects : Yin et Yang ne sont pas semblables, mais ce ne sont pas des entités contradictoires ni des qualités opposées. Yin marque, par exemple, un début d’orage, Yang sa fin. L’autre principe posé par Yin Yang est que tout change tout le temps. Autrement dit, une chose peut être à la fois une et son contraire. Tout dépend du moment et de l’endroit depuis lesquels on l’observe. Ainsi, les deux aspects d’une même situation oscillent en permanence, dans un battement continuel. Le Yi Jing, texte fondateur de la civilisation chinoise [lire encadré], résume cette pensée ainsi : « Un aspect Yin, un aspect Yang, c’est comme cela que tout fonctionne. »

Dire que Yin représente le féminin et Yang le masculin est donc incorrect ?

Oui, attribuer des genres à Yin Yang, c’est pervertir la pensée chinoise du changement. On lit trop souvent : « Le Yin est le principe de l’ombre, du froid, de la féminité. Il invite au repli, au repos, voire à la passivité. Le Yang est le principe de la lumière, de la chaleur, de la masculinité, il invite au déploiement des énergies, à l’activité, voire à l’agressivité. » C’est une interprétation erronée. Que les Chinois eux-mêmes soient responsables de cette méprise n’est pas une raison pour la reprendre à notre compte ! Yin Yang ne sont ni des attributs ni des sexes. Ce sont des stratégies, des manières d’agir, des vecteurs du changement. Les figer en en faisant des qualités ou des états, c’est oublier le mouvement d’oscillation constant qui les définit. Car chaque être vivant est en même temps et successivement Yin Yang. Yin n’est pas « le » froid, mais le refroidissement automnal. Yang n’est pas « la » chaleur, mais le réchauffement printanier. Pour bien comprendre Yin Yang, il faut employer des verbes d’action, pas des noms ni des adjectifs. Yin est ce qui stabilise et nourrit, Yang ce qui dynamise et pousse à changer. Yin ce qui défend, Yang ce qui attaque. Yin ce qui mène à terme, Yang ce qui enclenche. Yin ce qui intériorise, Yang ce qui extériorise. Par exemple, « pénis » se dit « tige Yin » en chinois : l’appareil sexuel est Yin, il est toujours là. Et le moment de son activation est Yang.

Pourquoi le système Yin Yang a-t-il été sexualisé et donc détourné de sa signification d’origine ?

C’est la dynastie Han (206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C.) qui a perverti le système Yin Yang. En lui associant des notions de masculin et féminin, qui lui sont totalement étrangères. Ceci afin de légitimer la restriction injuste de l’espace autorisé aux femmes, et du respect qui leur est dû. Si l’on regarde la graphie ancienne de l’idéogramme de « femme », on discerne la silhouette d’un personnage assis sur ses talons, les deux mains croisées au-dessus des cuisses. Dans l’Antiquité, c’était l’assise noble. La femme croise les mains pour se différencier des esclaves, qui se présentent les mains ouvertes. Mais les Han ont décrété que dans l’idéogramme, ce personnage de femme était à genoux, dans une posture de soumission. De même, partant de l’idée pourtant juste du mouvement centripète de Yin et centrifuge de Yang, ils ont dévoyé Yin Yang pour justifier l’enfermement des femmes dans la maison, leur exclusion de la place publique et leur sujétion aux hommes. Yin Yang a été perverti par une vision politique des Han, qui souhaitaient séparer les rôles entre hommes et femmes et établir une hiérarchie, valorisant les premiers et dévalorisant les secondes. Ensuite, on a continué à dévaloriser les femmes au nom du respect des traditions. C’est comme cela que la société chinoise a ensuite pu accepter la torture des petites filles, dont on bandait les pieds dès l’âge de 7 ans. Ou plus récemment les avortements sélectifs, éliminant les fœtus filles au profit des garçons. Aujourd’hui encore, dans un banal manuel de lecture pour enfants chinois, on peut lire : « Le dimanche, Papa nous emmène jouer au parc. Chaque jour, Maman a beaucoup de travail à la maison. Grand frère travaille bien à l’école. Petite sœur a une jolie robe. »

Comment l’idée originelle de Yin Yang nous permet-elle de repenser féminin et masculin ?

Comprendre Yin Yang permet d’abord de mettre fin aux hiérarchies, notamment celle entre hommes et femmes. Dans le Yi Jing, on trouve un couple Yin Yang panthère-tigre, deux animaux magnifiques, à égalité de beauté et de puissance. Ils se différencient par leur mode d’action, leur façon de chasser. Le tigre rattrape sa proie à la course, puis l’attrape au garrot. La panthère trouve cela inutilement fatigant ; elle grimpe sur une branche basse, attend que passe la gazelle et fond sur elle. La stratégie de l’un n’est pas meilleure que celle de l’autre. Si l’on réfléchit ainsi la relation sexuelle : Yin Yang permet de sortir d’une perspective où l’homme donne activement et la femme reçoit passivement. Désirer faire l’amour n’est ni donner ni recevoir, c’est un passage du sec à l’humide pour la femme et du mou au dur pour l’homme. La perspective Yin Yang permet de sortir de l’universelle et aberrante dévalorisation du féminin. Aux temps préhistoriques, les hommes étaient certainement pourvoyeurs de gros gibier, mais c’était les femmes qui, par leurs cueillettes et leurs captures de petit gibier, assuraient près des deux tiers des besoins alimentaires du groupe. Avec Yin Yang, il n’y a pas de tâches nobles et viles, il y a tout simplement différents modes d’action. Il n’y a pas non plus de séparation des rôles, d’assignation, ni d’étiquetage d’attitudes masculines ou féminines auxquelles il faudrait se conformer. À l’intérieur des groupes préhistoriques, certaines femmes devaient aimer aller à la chasse au gros gibier et certains hommes étaient plus utiles à la communauté par leur habileté à coudre des vêtements de peau. Yin Yang permet de repenser la liberté d’action de chaque individu, en désexualisant ce qui n’a pas lieu d’être, en ôtant toutes les étiquettes qui prétendent désigner « ce qu’est un homme » et « ce qu’est une femme ». Yin Yang réinstaure plutôt le droit au mouvement. On sort ainsi de l’idée qu’une femme de pouvoir se masculiniserait. Le pouvoir n’est pas masculin. Tout être, indépendamment ce qu’il est, peut agir en Yin ou Yang selon les moments.

Masculin et féminin ne seraient plus vraiment si contradictoires ?

Yin Yang adoucit en effet le choc des contradictions. Car il faut se rappeler qu’« un se divise toujours en deux », comme disait Mao Zedong. Regardez le Taijitu, le cercle divisé en deux secteurs, blanc et noir, séparés par une ligne sinueuse, et comportant chacun en son cœur un petit rond de la couleur inverse. Il illustre le principe Yin Yang. Non pas, comme on l’entend trop souvent, parce qu’il affirmerait la présence du féminin au cœur du masculin et inversement. Non, le Taijitu, littéralement le « dessin du grand retournement », montre l’alternance et la transformation de Yin en Yang et réciproquement : lorsqu’un mouvement atteint son maximum, il se transforme en son contraire. Il faut voir le Taijitu comme un dessin animé au ralenti. Les petits ronds ne sont pas des points fixes, mais des graines qui grossissent et qui, à un moment donné, inversent l’organisation de l’ensemble. Il n’est pas ici question de mélange, mais de réversibilité. Yin Yang est un système dynamique qui nous permet d’être plusieurs choses en même temps. Une femme peut exercer des responsabilités à l’extérieur et être maternante à l’intérieur. Pareil pour un homme. Nous sommes mus par des énergies différentes, qui coexistent et ne s’excluent pas. Ainsi, le différent n’est plus perçu comme dangereux, car une contradiction n’existe que l’espace d’un instant, puis se transforme. Sur la durée, rien n’est antinomique. On peut chacun être quelque chose et son contraire, dans un mouvement continuel.

Quelle harmonie nous enseigne Yin Yang ?

L’harmonie ne consiste pas à se conformer aux attributions et aux assignations sociales, mais à adapter sa stratégie à la situation et à son évolution. C’est la voie de la souplesse. Oser sortir des cases et des modèles féminins ou masculins pour revenir à l’écoute du contexte et de son propre élan. Et choisir le mouvement ou la stratégie appropriée. Yin Yang existe en chacun de nous. On peut être tantôt réceptif et nourricier, tantôt actif et déterminé. Les Chinois ont deux mots distincts pour signifier l’harmonie, selon qu’il s’agit de l’harmonie du semblable ou de l’harmonie du différent. Et un de leurs proverbes dit : « Les semblables ont un accord facile, les contraires ont un accord fécond. » Chacun s’enrichit en osant autant de stratégies Yin que Yang. En s’autorisant l’harmonie de différents modes d’action, peu importe qu’ils soient socialement étiquetés féminins ou masculins. Enfin, nous gagnerions à nous réapproprier et multiplier les stratégies Yin, qui ont été trop longtemps dévalorisées. Yin est moins visible et peut apparaître de prime abord comme une reculade, une non-stratégie. Contrairement à Yang, qui concentre l’action en un instant donné. Pourtant, la réaction Yin, secondaire, réfléchie, maîtrisée, qui joue sur le temps et la durée, sur le rythmique et le cyclique, est justement celle qui est la plus valorisée et la plus conseillée par le Yi Jing, le « Classique des changements », le grand livre du Yin Yang.


Le Yi Jing 

Le Yi Jing est le premier des cinq « Classiques » (Jing). C’est au départ un livre servant à la divination, dont les racines plongent dans le Néolithique. Mais cet ouvrage va évoluer et ne se contentera plus de répondre à la question « que va-t-il arriver ? » : il donnera également des indications sur l’attitude à adopter en fonction des circonstances. Le livre de divination est ainsi devenu un livre de sagesse.

Le 6 juin 2018
© Kaizen, construire un autre monde, pas à pas...

 Tai Chi … ça sonne comme le nom d’une fleur

  

 Tai Chi…

     … ça sonne comme le nom d’une fleur
                            ça résonne comme le nom d’une île lointaine.

Mais c’est ici, chez nous, entre nous.

Entre le poids du corps sur la Terre, et la légèreté du souffle en mouvement.

Voguant sur des flots paisibles, le Chi nous invite à une joyeuse rencontre, à un temps convivial ;

Celui de l’être-soi, tout en faisant battre le cœur de l’être-ensemble.

Chacun à sa place. Chacun à son rythme, à son envie, à son ressenti. Le pas est prêt, et ça n’est jamais fini;
ça frémit, ça « frichtille », ça s’écrit à l’infini.

C’est le voyage du Chi, celui qui, sans nom, fait le tour du monde tout en restant ici.

Alors à dos de Terre, par tous les Airs, le temps se suspend et se surprend…

Et tous, seuls, nous nous retrouvons très nombreux, à battre d’un seul cœur, celui de l’écoute et de l’attention à l’autre ; cette écoute qui nous redonne nos sens.

De là surgit un cri silencieux, celui d’être pleinement vivant.

Un cri qui résonne bien plus fort que tous les bruits de notre monde en tumulte.

Le Chi navigue, et danse, au travers d’un chant qui nous accorde. En silence, mais à tue-tête.

Et là, au creux de soi, un combat doux et puissant s’anime.
Un combat baigné d’Océan pacifique.
Un combat mené depuis la Nuit des Temps, qui s’avère être une si belle rencontre, de cœur à cœur, de corps à corps.

Un combat pour l’être soi, tous ensemble.


Johanna GALLARD
   ( présidente de l’Association Art du Vivant)
Février 2019

Dossier: "Le Tai Chi Chuan, un art martial ou une technique de santé?"

 

Dans cet article, un dossier très fouillé et complet

sur ce qu'est le Tai Chi Chuan,

d'après M. LAM Hai (Bruxelles)

                                                          Cliquez ici:  Taichichuan m lam haiTaichichuan m lam hai (268.63 Ko)

Une présentation du Taichi Chuan par Jean-Marc Dupuis: bonne lecture!


La Lettre Santé Nature Innovation par Jean-Marc Dupuis 
est un service d'information gratuit sur la santé, la nutrition et le bien-être.

 

Danser avec le Tai Chi Chuan

Chère lectrice, cher lecteur, 

Le Tai Chi Chuan est à l'origine un art martial, c'est-à-dire un entraînement au combat, à la guerre. 

Toutefois, rares sont les Occidentaux qui pratiquent aujourd'hui le Tai Chi dans ce but. Même en Chine, il est très majoritairement pratiqué comme une chorégraphie, orientée vers la coordination des mouvements du corps avec ceux du groupe. On vise la grâce du geste. On le pratique souvent en musique et c'est donc une danse absolument pacifique qui, nous allons le voir, a de multiples vertus pour la santé. 

 

Le Tai Chi : la sobriété heureuse

Le Tai Chi Chuan ne nécessite pas de combinaison en lycra, pas de lunettes de soleil profilées, pas même de chaussures spéciales ! Pas de patch ni de chronomètre électronique, pas de raquette ni même de balle ou de sac. Le Tai Chi est résolument « low-tech ». 

Des siècles de pratique et d'expérience en Chine ont montré son intérêt pour la santé. Depuis cinquante ans, il s'est progressivement enraciné dans la culture occidentale mais ce n'est que récemment que des études scientifiques ont porté sur le Tai Chi. Il est aujourd'hui recommandé pour un grand nombre de maladies chroniques comme :

 
  1. Les problèmes de dos et de genou
  2. L'hypertension artérielle et les autres problèmes liés au stress
  3. Les problèmes de circulation
  4. Les problèmes nerveux
  5. Les douleurs articulaires
  6. L'asthme
  7. Les maladies psychiques
Sans doute avez-vous déjà vu dans les parcs publics des groupes de personnes pratiquant le Tai Chi. Elles sont cinq à dix et font des mouvements lents suivant l'exemple d'un maître au physique en général asiatique. C'est très surprenant la première fois, on se demande s'il s'agit de fous ou d'une secte dangereuse ! 

En réalité pas du tout, il s'agit de l'art martial/activité santé le plus pratiqué au monde. Il se pratique dans un environnement naturel. Il consiste à prendre le temps de réaliser les mouvements pour lesquels notre corps est fait. 

En Chine, les parcs publics et les plages sont chaque matin pleins de gens qui commencent leur journée par ces enchaînements de mouvements doux et lents. Des centaines de millions de personnes pratiquent le Tai Chi. Les Chinois considèrent le Tai Chi comme un exercice officiel et un trésor national. Son efficacité est d'autant plus importante que le pays n'a historiquement jamais été équipé d'un réseau médical et hospitalier sophistiqué. 

Le Tai Chi est aujourd'hui très connu grâce à des documentaires télévisés. Tout un « business » s'est également développé autour. Toutefois, rares sont les personnes qui comprennent réellement la logique et toutes les subtilités de cet art. Même les maîtres expérimentés dans les autres arts martiaux n'en connaissent souvent que l'aspect superficiel. 

 

Tai Chi : oui, mais lequel ?

Tai Chi Chuan est un terme générique. Il existe différents types de Tai Chi. Leur point commun est d'être composés d'une succession de mouvements lents. Au delà, tout dépend du maître à qui vous vous adresserez. Ce qui est sûr, c’est que le Tai Chi n'est pas du karaté ni du Kung Fu au ralenti. Les principes du Tai Chi authentique sont fondamentalement différents de ceux des arts martiaux violents. 

Le Tai Chi est intéressant par de nombreux aspects. Mais j'estime particulièrement sa valeur pour :

 
  1. Entretenir votre Qi ou énergie vitale
  2. Solliciter votre corps et exercer vos muscles profonds
  3. Apprendre à comprendre et utiliser la structure de votre corps (squelette, muscles et tissus conjonctifs)
  4. Apprendre à vous concentrer sur le moment présent
Certaines de ces notions peuvent vous paraître un peu étrangères et difficiles à saisir, mais c'est en elles que se cache la magie du Tai Chi. 

C'est en vivant chacune d'elles que les personnes qui pratiquent le Tai Chi améliorent leur santé et leur bien-être à tous les niveaux.

 

Se libérer du stress, des douleurs, des tensions

Au cours de l'apprentissage, vous ressentez cette impression d'être plus en accord avec vous-même et avec votre environnement. Cette impression de maîtrise, de prise de contrôle, provient aussi du fait que le Tai Chi est un art guerrier, une technique de combat. Même si ce n'est pas le but premier, il n'empêche que vous développez un sentiment d'assurance qui correspond à une réalité : vous devenez mieux capable de vous défendre et de faire face aux dangers qui peuvent surgir autour de vous. 

L'énergie vitale, ou Qi, est la force qui anime les êtres humains comme tous les êtres vivants. Le Tai Chi Chuan rééquilibre le Qi, améliore la santé, la longévité et la qualité de vie. 

Les techniques de Tai Chi sont une façon originale de mettre à l'épreuve le corps et l'esprit, en les renforçant. Les mouvements lents, doux mais continus, augmentent la mobilité du corps et la résistance des muscles. Il font circuler la lymphe et évacuent les mucosités. Les bienfaits sont assez profonds pour contrer les effets délétères de long terme causés par le stress, les douleurs, les tensions dont souffrent de nombreuses personnes. Après quelques mois seulement de pratique, le Tai Chi permet de reprendre des activités physiques et de retrouver une liberté de mouvement que l'on pensait perdue depuis longtemps. 

Les mouvements du Tai Chi consistent à aligner correctement la structure du squelette avec les tissus conjonctifs. À un haut niveau, le Tai Chi devient extrêmement précis et exige d'atteindre, avec les différentes parties du corps, des positions exactes au point d'être frustrantes de subtilité. Les os, les tendons et les ligaments doivent être alignés exactement de telle manière pour procurer un avantage mécanique, que l'on soit immobile ou en mouvement. Atteindre la perfection peut prendre beaucoup de temps, mais une fois que l'on a compris, l'avantage d'une bonne posture, d'une bonne stabilité et de l'économie de mouvement devient évident. 

J'ai dit qu'un des intérêts du Tai Chi est d'apprendre à vivre l'instant présent. Aussi simple que cela paraisse, c'est sans doute la notion la plus difficile à atteindre pour la majorité des Occidentaux. À partir du moment où nous nous levons chaque matin, notre journée se passe sous un déluge de stimuli sensoriels. Nous sommes absorbés par le monde qui nous entoure.

Le monde de l’intérieur

Le Tai Chi nous enseigne qu'il y a un autre monde, tout aussi grand, et tout aussi important… le monde de l'intérieur. 

Dans la philosophie du Tao, il est dit que tout ce qui est à l'extérieur est aussi à l'intérieur. Si nous passons nos vies à foncer sur des autoroutes, qu'allons-nous manquer de ce qui se trouvait au bord du chemin ? L'approche lente du Tai Chi ne se contente pas de nous permettre, elle nous oblige à atteindre un stade supérieur de conscience de soi. Les personnes qui s'initient au Tai Chi apprennent à cultiver deux états concomitants, celui de l'attention et celui de l'intention, et à les combiner en un « Un » indivisible. Cela permet d'éclaircir la conscience et d'avancer dans la vie d'une façon mieux réfléchie et plus enrichissante. En tant que tel, ce sont des ingrédients importants pour évoluer vers une meilleure santé et vers un plus profond sentiment d'intégration comme être humain. 

Aussi séduisant que cela puisse paraître, le vrai défi est de le faire bien, parce qu'une pratique incorrecte ne produira pas l'ensemble des résultats désirés. Pour bien apprendre le Tai Chi, il est nécessaire d'avoir un bon guide et de s'engager à pratiquer fréquemment. Le Tai Chi Chuan est très beau à regarder. Le simple fait d'observer d'autres personnes le pratiquer donne déjà un sentiment de calme et d'émerveillement. Mais ce qui est vraiment important dans le Tai Chi échappe complètement à l'observation du premier venu. C'est l'expérience intérieure du Tai Chi qui est si précieuse, mais qui exige aussi tant de discipline pour l'atteindre. 

Au minimum, il permet de se ressourcer en quittant pour un instant le rythme effréné de la vie moderne. Mais tandis que vous vous laissez entraîner dans les mouvements souples et lents d'une séquence de Tai Chi, c'est tout votre système psycho- et physiologique (corps/esprit) qui se détend (réaction parasympathique), incluant les fonctions cardiovasculaire, nerveuse et endocrine (hormones). Il produit notamment un effet régénérant, rajeunissant, et non cette sorte d'abrutissement de l'esprit que l'on pourrait attendre d'une si profonde relaxation. En calmant les esprits et en relaxant les corps, le Tai Chi offre, au niveau le plus fondamental, une oasis pour l'humanité moderne, qui la protège du stress et des distractions du monde. 

À votre santé ! 

Jean-Marc Dupuis 

Réflexions sur...

                             LE CHI ET LA NATURE  -  par Anne Cassar          les-premieres-2010-376.jpg

 

                     J’avais déjà senti le Chi. Plusieurs fois. Très fort. Au point
d’en être ébranlée. Au point de n’oser en parler qu’à une ou deux amies… sans insister.

***

… Depuis trois mois je m’évertuais, sur le plateau d’une école de théâtre, à essayer de trouver le jeu authentique
du masque neutre.J’avais épuisé toutes mes idées. Un jour, dans une énième tentative, je sentis mes mains se
lever toutes seules, se poser sur un drôle de courant doux et chaud autour de mon bassin. N’ayant plus rien
à perdre, je les laissai m’emmener dans des mouvements lents, inconnus, suivant toujours ce courant agréable
et insolite… Je venais de comprendre une des clés essentielles du jeu théâtral : se laisser porter. Je ne savais pas
encore que j’avais également touché autre chose. Après le cours, une fille me demanda si je pratiquais le Taichi Chuan.

         -  Le quoi ? J’entendais ce nom pour la première fois ; mais il résonnait en moi, et je lui dis que j’en ferais
certainement, un jour.

Au fur et à mesure des années, je sentais avec une plus grande certitude que le jeu théâtral avait un lien essentiel
avec l’authentique énergie de vie. Trouver le jeu juste était devenu pour mes amis et moi une obsession !
Un soir où nous avions bien joué, nous avions senti pendant toute la durée du spectacle une sorte de courant
invisible qui nous reliait en permanence. Tout était juste : intensité, rythme, intentions de jeu, interactions entre nous…
dans un monologue, je me sentis englobée par une colonne verticale très dense et… très invisible !
Je sentais que mes paroles ne venaient pas de moi mais bien du haut de cette colonne, qu’elles transitaient
par moi –par mon ventre et par ma poitrine- et s’élançaient ensuite vers le public. Comme dans le théâtre des origines.
Ce fut une expérience très forte pour nous. Mais malgré nos efforts, nous n’avions pas de prise là-dessus, et
ce qui s’était produit un soir de façon délicieuse ne pouvait se répéter tous les soirs… Notre recherche se poursuivait.

Un jour, alors que j’assistais à une réunion de travail très officielle, je vis et sentis un courant puissant s’établir entre
l’un des participants et moi. La sensation était si forte que j’avais de la peine à rester concentrée. Mais surtout,
je voyais bien que j’étais la seule à voir et à sentir ce truc ! C’est cela qui me semblait le plus incroyable tant c’était visible !

Une autre fois, déterrant une motte de perce-neiges, je sentis pendant au moins quinze minutes, en  transportant
cette motte dans ma main, une puissante pulsation émaner de ces petits oignons accolés les uns aux autres.
En réponse, mon cœur se mit à battre à son tour comme un fou.
Pas de panique pour les amis de Dame Nature, les perce-neiges ont très bien repris dans mon jardin.
Mais depuis ce jour, j’ai tendance à demander la permission aux plantes avant d’agir…

J’étais quelqu’un d’assez terre-à-terre, et à chacune de ces expériences, j’étais ébranlée par l’étrangeté et la force
de ce que je sentais inopinément : la force de vie…

Au bout de quelques années, je rencontrai Vlady. Il était temps. Enfin je n’étais plus toute seule à me dépatouiller
avec des trucs bizarres. Il me dit : « Mais tout ça c’est normal, c’est tout naturel ! N’y accorde pas d’importance ».
Ce fut un précieux conseil, car en fait, cela ne faisait que commencer.

Après qu’il m’ait donné mon premier cours (les mains, le facteur A… ), le Chi se réveilla si bien en moi que je ne fermai
pas l’œil de la nuit : mon lit tanguait comme une coquille de noix sur l’océan ; j’étais traversée en tous sens, bousculée,
secouée… je m’accrochais au matelas de peur de tomber du lit !

Je me rendis tout de même au deuxième cours le lendemain matin. J’avais fait un long voyage pour me lancer enfin
dans l’apprentissage du Taichi Chuan, je n’allais pas abandonner quand-même !

Et là… on se plante sur le sol jambes écartées, on respire, on bouge les bras et… mes mains se posent sur ce fameux
truc, ce machin délicieux qui entoure le corps. Woaw ! Ca y est ! Je l’ai RETROUVE! C’est ça le Taichi ?    

         -   C’est quoi ce truc ? dit Vlady. Les Chinois l’appellent le Chi. Le CHI…

Une nouvelle aventure commence alors, étonnante, emballante… Je cherchais le Taichi Chuan, et voilà qu’en plus,
je rencontre un maître. Un maître qui me remet en contact avec la Vie, à une époque éprouvante où je ne croyais
presque plus en elle.

         -   La Vie, mes enfants, la Vie ! disait-il.

Avec Vlady, je passai de la recherche de justesse dans le jeu, à la recherche de justesse dans la posture, dans l’intention,
dans le souffle… justesse de chaque instant de vie. Avec pour compagnon le rire, plus fort que tout. Ah ! Comme elles
m’ont fait revivre, les vagues de rire de Vlady !

Moi qui n’étais pas venue pour cela, je sus dès le premier jour que je voulais enseigner ce truc si bon et si simple, partager
ce trésor inépuisable… et si possible avec tout le monde !

***

J’ai eu la chance de suivre l’enseignement de Vlady pendant 13 ans..

Mon échelle de valeurs s’est modifiée totalement au cours de mon apprentissage. Enfant, j’avais appris au catéchisme
à distinguer les être animés et inanimés, pourvus d’intelligence ou non, dotés d’une âme ou non. Il y avait une sorte de
noblesse pyramidale sur terre: tout en bas les minéraux, ensuite les plantes, les animaux  puis l’Homme. L’air, l’eau,
les planètes, je ne sais trop s’ils apparaissaient dans le classement de Monsieur le Curé. Mais mine de rien, ces concepts
s’étaient bien installés en moi.

Mais…

Que dire lorsque…

…un grand hibou posé sur un piquet au bord de la route m’envoie par son regard un rayon de Chi extrêmement
régénérant et défatiguant. Et tant d’autres rencontres magnifiques avec les animaux libres (plutôt que « sauvages »),
lorsque je pratique en forêt. Nombre d’entre eux se sont arrêtés –parfois pendant très longtemps- pour observer avec
étonnement et intérêt cet être humain au comportement inhabituel : lapins, écureuils, chevreuils et même un grand cerf.
Et puis, tant d’échanges avec les arbres, dans le Chi : réconfort, prises de conscience, apaisement, joie, et don de force.
Que dire de cet eucalyptus au Portugal qui, à distance, s’était mis à me soigner dans la zone de la rate ? Je sentais
nettement le rayon de Chi qu’il envoyait dans cette zone affaiblie. Que dire de ce  platane contre lequel
je me repose un après-midi de tristesse et de découragement et qui m’entoure de ses racines et me berce comme un petit enfant ?
Sans parler des séquoias de Californie que je ne parvenais plus à quitter, comme si j’étais devenue l’une des leurs.
Et les banians d’Inde, tels des maîtres spirituels, ou les géants africains qui semblaient me tendre leurs branches
quand je me déplaçais au Togo.

Que dire encore lorsque les rochers des gorges d’Oppedette rayonnent de façon si particulière qu’ils semblent détenir
une sorte de danse intérieure propre à chacun ? Lorsque le courant tumultueux d’un ruisseau hypnotise mon être au point
que je me sente devenir eau à mon tour ?
Et lorsque, sentant une présence forte derrière moi, un soir où j’étais seule dans la campagne, je me retourne et
m’aperçois que c’est de la lune que se dégage cette présence, … comme si cela venait d’une personne, comme si
elle souhaitait que je la regarde…   Quel étonnement !

Oui, la pyramide du curé de mon enfance a volé en éclats !.L’échelle des valeurs qu’il m’avait imposée s’est mise à
onduler en tous sens. Aujourd’hui, je me sens l’égale du blaireau et du hêtre. Les notions de supériorité entre les genres
deviennent incongrues tant j’ai à apprendre encore de tous les êtres, animés et inanimés.

Ce que j’ai un peu mieux compris, c’est le pouvoir d’action et de transformation que possède l’être humain. Parfois, l’usage
que nous en faisons est catastrophique, destructeur : vis-à-vis de nous-mêmes et de notre environnement. Et cela fait très mal.
A tous les niveaux. Mais nous avons aussi le pouvoir de mener (toutes) nos actions au service du bien.

Pour ma part, j’ai reçu tant de cadeaux de toutes les formes de vie… Pour tout cela, MERCI! Et par-dessus tout, merci pour
le facteur A comme… Amour inconditionnel… que certains êtres, humains ou pas- nous donnent généreusement. Il est là,
à la base, à la source de toute forme de vie. Peut-être pourrions-nous à notre tour le cultiver dans notre cœur… Au final,
on serait comme une forêt d’arbres paisibles, accueillants et amicaux. Ce serait super, non ?…

Allons-y ; il est plus que temps…  
   

   

                  
 

 

 

 

Une présentation intéressante de notre pratique, par Nicole Bernard, dans la revue Energies

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Date de dernière mise à jour : 2020-09-04

Commentaires

  • Chloé
    • 1. Chloé Le 2019-10-21
    Merci pour cet intime partage, Anne ..

 

Art du Vivant

Art d'être soi

Art d'être ensemble

Art du mouvement en osmose avec le Vivant!


 

            

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